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La France en souffrance



La France en souffrance

Une lecture psychopathologique de la réalité sociale et politique française

(Janvier 2020)

Claude Kessler

 

1. Désubjectivation et dépossession de soi.                                                      

2. L'État contre la société.                                                                                   

 

1. Désubjectivation et dépossession de soi

 

Ceux qui souffrent d'une maltraitance répétée, voire continue, peuvent avoir recours à des soins palliatifs : antidépresseurs et autres drogues, ou encore à des soins psychologiques. Ces remèdes ne soignent pas la cause du mal, ils aident simplement à mieux le supporter. Il serait évidemment préférable de s'attaquer aux racines de cette souffrance, mais que faire quand elles sont sociétales ? Comment rendre une société moins pathogène ? Surtout quand ceux qui sont aux commandes de l'État ne pensent qu'à leur propre enrichissement et à celui de la caste qu'ils servent, et ne reculent devant aucune instrumentalisation de ceux qui les ont pourtant élus. Ce détournement pervers de la démocratie par la classe politique ne date évidemment pas d'aujourd'hui. Mais ce qui change, c'est l'espoir d'un remède à travers une révolte populaire qui dure depuis plus d'un an maintenant, malgré une violence militaro-policière sanglante mobilisée pour faire barrage à ceux qui tentent de se réapproprier une vie, leur vie. 

Sans sous-estimer des facteurs comme l'histoire individuelle et familiale ou encore d'éventuels déterminants biologiques, on ne saurait nier l'importance des conditions de vie réelles dans les états dépressifs atypiques. Pourtant le rôle du facteur économique est considéré facilement comme secondaire, voire nié, dans ce qu'il est convenu d'appeler "le malaise français". Des économistes nous répètent que "la croissance ne fait pas le bonheur". Leur argument est que, malgré l'augmentation du PIB d'année en année, les Français ne sont pas moins malheureux. Mais si cette affirmation n'est pas fausse, elle n'en est pas pour autant pertinente dans la mesure où elle ne tient pas compte dans l'augmentation du PIB de l'augmentation des inégalités dans la répartition des richesses, avec des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus nombreux (1) et de plus en plus pauvres (2). Si pour les riches un peu plus ou un peu moins d'argent ne change pas grand-chose à leurs conditions de vie, il n'en va pas de même pour les petits et moyens revenus, ainsi que pour les retraités qui sont les nouvelles victimes de l'actuel pouvoir politique qui semble avoir à cœur d'appauvrir 99 % des Français au profit des 1 % les plus riches. Minimiser l'importance des moyens financiers d'une famille pour son bien-être ne peut que procéder d'une construction artificielle faite à partir de chiffres déconnectés de la réalité ou d'interprétations hasardeuses. C'est aussi une option idéologique et morale. En fait, c'est la sagesse populaire qui semble apporter, en l'occurrence, la réponse la plus pertinente quand elle nous dit que "L'argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue". Nous avons aussi cette citation attribuée à Georges Feydeau : "L'argent ne fait pas le bonheur. C'est même à se demander pourquoi les riches y tiennent tant. Mais s'il est important de ne pas minimiser le facteur pauvreté, il est tout aussi primordial d'intégrer les autres déterminants dans un éventuel modèle explicatif du mal-être français, modèle qui ne saurait donc être que multifactoriel.

Certains raisonnements dont le but est de réduire l'importance des facteurs économiques et politiques interrogent par leur naïveté. C'est le cas avec

Claudia Senik, enseignante à l'École d'économie de Paris et à l'Université Paris-Sorbonne, qui écrit dans le Financial Times de 2013 : "Les Français sont moins heureux que la plupart des autres Européens de l'Ouest et moins heureux que ce que l'on pourrait prédire d'après leur niveau de richesse. De plus, si la condition française était uniquement économique ou politique, un immigrant qui choisit de s'installer en France devrait être moins heureux que celui qui choisit de s'installer dans un autre pays européen. Mais il s'avère que ce n'est pas le cas : les deux sont également heureux." Un autre argument laisse perplexe : "Les Français de l'étranger sont moins heureux que les autres expatriés."

De là, une conclusion semble s'imposer à l'auteure : "Ces idiosyncrasies nationales doivent concerner quelque chose de plus que la politique, l'argent, la santé ou la richesse. Le bonheur doit être ancré dans quelque chose d'un peu plus permanent. Les chercheurs doivent réfléchir davantage à des idées intangibles comme la mentalité et la culture, plutôt qu'à la situation économique et sociale nette et quantifiable de chaque pays (3). Soit, mais à tous les niveaux de la pyramide des besoins de Maslow il faut de l'argent, et peut-être encore davantage à mesure que l'on s'approche du sommet de la hiérarchie des besoins qui est l'accomplissement personnel, le besoin de donner un sens à sa vie. Réaliser son potentiel pour jouir de la satisfaction que cela peut procurer n'est pas sans coût, et c'est même un luxe qui peut revenir très cher. Il suffit de penser au coût des études pour quelqu'un qui verrait son épanouissement personnel et professionnel dans un métier nécessitant une formation de longue durée. Ne pas pouvoir faire les études de son choix, faute d'en avoir les moyens financiers, signifie souvent devoir se contenter d'un travail ayant une finalité purement alimentaire, sans possibilité d'épanouissement personnel. L'échec à faire le deuil de son "dream job" peut mener à la dépression et parfois au suicide. L'argent, même méprisé par le sage, mais de moins en moins, rend libre et donne du pouvoir quand il permet à quelqu'un de réaliser ses désirs. Donc, même si le facteur "pouvoir d'argent" joue un rôle que l'on pourrait qualifier de contingent comparé à d'autres plus structurels, mais tout aussi politiques, on ne saurait minimiser son importance dans le vécu de bien-être d'un individu et de sa famille.

Senik termine son article en s'interrogeant sur un facteur éducatif qui pourrait, selon elle, expliquer le tempérament subdépressif d'une majorité de Français en incriminant le système scolaire. Le modèle est bien connu : les écoles seraient trop exigeantes, trop uniformément exigeantes, induisant chez les élèves en difficulté un vécu d'échec, ce qui leur donnerait une image dévalorisée d'eux-mêmes. Il est vrai que le système scolaire français se propose de tirer les élèves vers le haut plutôt que de baisser les exigences pour leur éviter un échec, sauf que des voies de délestage (CLIS, SEGPA) ont été prévues pour les élèves les moins performants, et qu'il est possible actuellement d'être en terminale, dans des lycées professionnels, sans savoir ni lire ni écrire correctement. De plus, les programmes scolaires ont été passablement allégés depuis 50 ans. Le niveau plus que moyen des lycées français se vérifie quand des élèves particulièrement brillants ont des difficultés à réussir leurs études dans une université étrangère. Je pense tout particulièrement à la Suisse où le programme du secondaire est bien plus touffu qu'en France, et pourtant les Suisses se placent en 2019 à la 6? position sur l'échelle du bonheur (selon le World Happiness Report), alors que la même année les Français sont en 24? position entre le Mexique et Taïwan (4). En 2018 la France occupait la 23? position entre Malte et le Mexique.

Il y a peut-être, et même sans doute, une gradation dans la désubjectivation imposée aux élèves dans les écoles modernes, mais globalement elles fonctionnent toutes sur le même modèle. Le maître dit la leçon, l'élève l'apprend docilement et la restitue, de préférence fidèlement s'il veut une bonne note. Le mot instruction prend là tout son sens : transmission d'un savoir et commandement. La tête "bien pleine" de Rabelais plutôt que celle "bien faite" de Montaigne semble indissociable de la démocratisation de l'enseignement dans la mesure où il s'agit d'instruire les masses, ce qui ne laisse guère de place pour une prise en compte de la particularité de chaque élève. Mais voilà, la tête n'est pas si pleine que cela, même si l'intelligence requise n'est jamais que celle d'un perroquet qui répéterait à la perfection ce qu'il entend. En outre, une pensée réflexive est chronophage, alors qu'il y a tout un programme à respecter avec une classe d'un niveau hétérogène. En France, les élèves attendent la terminale et la philosophie pour être confrontés à la pensée. Et là il est difficile pour eux, après s'être entendus dire pendant toute leur scolarité : "Vous n'êtes pas là pour donner votre avis, mais pour apprendre", d'avoir une pensée personnelle. Du coup mieux vaudrait peut-être une pensée sans école qu'une école sans pensée.

La récitation de la leçon vient redoubler l'exigence de soumission : soumission au savoir enseigné et soumission à l'autorité du maître. C'est par l'échec scolaire que la subjectivité de l'enfant va faire retour, mais elle a déjà alors le sens d'une révolte. Si la pensée-éponge est une étape inévitable dans le développement psychologique de l'enfant, il faudrait cependant que ce ne soit qu'une étape et ce a minima. C'est là tout l'intérêt des ateliers de philo à la maternelle : apprendre à s'autoriser à penser, s'autoriser à prendre la parole, sa propre parole et non pas celle du maître.

Un bon élève doit être travailleur, performant et soumis. Il pourra ainsi un jour, peut-être, se lancer dans une vie professionnelle qui risque fort d'être aussi peu épanouissante que l'école, et ceci même pour quelqu'un qui a la chance d'exercer un métier correspondant à ses aspirations. C'est que l'employeur et la hiérarchie ne se contentent pas d'exiger du travailleur les tâches prévues dans le contrat de travail, mais bien davantage, à commencer par une allégeance à sa personne et à ses valeurs. Mais cela va vite bien plus loin : petits et grands chefs veulent être admirés, voire aimés, par leurs employés et subordonnés, et ils mesurent cet amour, qu'ils pensent leur être dû, aux faveurs qui leur sont accordées. La situation devient plus risquée quand l'employeur a des exigences contraires à l'éthique professionnelle ou à la loi. Dans toutes ces situations, si le travailleur ne se soumet pas, éventuellement en étouffant la révolte de sa conscience, il est quasiment assuré de perdre son emploi sous un prétexte quelconque. Et s'il dénonce son employeur, non seulement il aura perdu son emploi, mais il se verra condamné à une mort sociale certaine car il ne retrouvera plus jamais de travail. Dans la très grande majorité des cas, l'employé se plie aux exigences de son employeur, parfois en attendant de trouver mieux ailleurs. Mais il souffrira d'avoir trahi ses valeurs en même temps qu'il aura appris la honte et le dégoût de lui-même. C'est là souvent le prix à payer pour survivre, sans plus, dans une société donneuse de leçons qui se targue d'humanisme.

Les nouveaux médias, ceux liés à internet, ainsi que les smartphones avec leurs nombreuses applications, se voient facilement accusés d'infantiliser leurs utilisateurs en leur adressant en permanence des conseils, voire des injonctions, les guidant dans leurs choix et leurs comportements et, à l'extrême, leur disant ce qu'ils doivent penser. Mais en fait ces nouveaux médias ne changent par rapport aux anciens que par leur dimension invasive liée au fait qu'il est possible d'être connecté à eux 24 heures sur 24 et en tout lieu. À part cela, il n'y a pas grande différence entre être guidé ou téléguidé. Anciens ou nouveaux, les médias ne font qu'exploiter des utilisateurs déjà largement infantilisés en ce qu'ils sont, comme les enfants, subordonnés à une autorité extérieure. La loi établit clairement qu'un enfant est soumis à l'autorité parentale jusqu'à l'âge de 18 ans ou son émancipation. Mais beaucoup le sont toute leur vie. Une pareille fixation infantile ne date pas d'aujourd'hui, les humains se sont toujours inventé des guides, sauf que nos sociétés modernes ont abandonné le guide spirituel ou le directeur de conscience pour le guide de la consommation de marchandises et de services, sans oublier le guide de la Nation : le Führer, le Duce ou quelque autre de la même veine. Peut-être qu'il n'y a pas tant de différence que cela entre consommer de la religion ou de la morale, et consommer une marchandise quelconque. Ça nourrit toujours son homme, ou sa femme.

Pourquoi se laisser guider ou conseiller quand il s'agit de voter comme s'il s'agissait d'acheter une voiture ou n'importe quoi d'autre ? C'est que chacun veut faire le bon choix, ne pas se tromper. Et il est évidemment plus facile de demander l'avis de quelqu'un ou de se laisser convaincre par lui que de faire l'effort de s'informer jusqu'à ce que le bon choix s'impose. On peut voir là un effet du principe de moindre effort, sorte de dérivé du principe de moindre action qui joue un rôle central en physique. Mais l'être humain n'en est plus là. Par contre, il y a chez les Français, comme dans la plupart des pays modernes, un réel déficit en éducation politique, et même en intelligence politique. Ceci faute d'un enseignement adéquat. Mais ce n'est évidemment pas le fruit du hasard si les programmes scolaires prévoient un enseignement sur les civilisations antiques et non pas un éveil à la conscience politique. Si les Français devenaient intelligents, ils se laisseraient moins manipuler. Le but des politiques étant d'amener le peuple-bétail là où il ne veut pas aller, il est préférable qu'il n'y comprenne rien et continue à se laisser mener en bateau.

Se laisser convaincre, c'est ne pas choisir, c'est se soumettre à la raison d'un autre ou à ses raisons, c'est suivre à la trace en écoutant la voix de son maître. La liberté de l'homme tient au fait qu'il n'est pas guidé dans ses comportements par un instinct. Il doit donc faire des choix et, de préférence, le "bon choix", avec le risque de se tromper. C'est cette peur de ne pas faire le bon choix qui l'amène à se tourner vers ses semblables en leur supposant un savoir dont ils sont pourtant autant dépourvus que lui-même. Ainsi se noue un transfert sur un autre qui est le substitut des parents ou du maître d'école. On connaît la place primordiale donnée par Lacan au sujet supposé savoir dans ses considérations sur le transfert.

La quête d'un savoir sur le bien et le mal est au commencement de l'humanité, un savoir marqué du sceau de l'interdit. La Bible fait de la tentative d'Adam et d'Ève d'accéder à un tel savoir une tentation. Si en croquant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ils ont commis le péché originel et ont été, en guise de punition, chassés du paradis, ils ont aussi par la même occasion acquis une connaissance que Dieu seul détenait jusque-là. "Leurs yeux se sont ouverts et ils se virent nus", dit la Bible. Les humains, dans leur grande majorité, se dépossèdent de leur conscience pour aller chercher la lumière auprès d'un autre idéalisé incarné par le groupe d'appartenance ou son leader. C'est un peu comme si Adam et Ève refusaient de transgresser l'interdit de croquer la pomme pour ne pas être chassés du paradis et demandaient conseil à Dieu plutôt que de s'approprier le savoir interdit. Le mythe du péché originel est aussi un message politique disant que le savoir qui donne une légitimité au pouvoir est réservé à Dieu, et donc à ses représentants sur terre. Quant au commun des mortels, il lui reste l'ignorance et le droit d'implorer Dieu moyennant une juste rétribution des prêtres.

Un syndicaliste m'expliquait qu'en votant pour ce dernier il n'avait pas voté pour Macron mais contre Marine Le Pen et qu'en cela il avait obéi au mot d'ordre de son syndicat. C'est donc le choix émis par le groupe qui constitue pour notre sujet le bon choix ou du moins le choix à faire. L'aliénation au groupe remodèle l'identité de l'individu qui aura alors tendance à écouter la voix de son maître plutôt que celle de sa raison ou de sa conscience, occultant le fait que ce raisonnement disant : "Voter pour A, ce n'est pas voter pour A mais voter contre B", a en soi quelque chose de pervers dans la mesure où il implique un clivage du moi. Un autre raisonnement, plus cohérent, aurait été de se dire : "Je vote pour le moins nocif des deux." Mais cela aurait supposé échapper à l'emprise exercée par l'autorité morale du groupe incarnée dans son leader. À la décharge de notre syndicaliste, il faut dire que le second tour de l'élection présidentielle a tout d'un traquenard dans la mesure où il est demandé aux Français de choisir entre la peste et le candidat adverse qui se révélera être le choléra. Mais c'est le jeu même de la démocratie qui est perverti puisque depuis le traité de Maastricht de 1992 le pouvoir des gouvernants est réduit en de nombreux domaines à appliquer des directives de la Commission européenne qui confond largement les intérêts de l'Europe, et surtout des Européens, avec ceux des multinationales et de leurs actionnaires.

L'erreur serait de confondre les personnes avec les lieux de pouvoir ou de contre-pouvoir qu'ils incarnent. De fait, ils ne sont que des noms donnés à des lieux qui sont infiniment plus complexes. Les Français, comme d'autres nations, réagissent comme des enfants s'imaginant que le père est le lieu de l'autorité et de la loi, alors qu'il n'en est que le relais. Et même un parent tyrannique n'est que l'esclave de lui-même, de ses pulsions et de ses fantasmes. Il n'en reste pas moins vrai que celui qui est candidat pour donner son nom au lieu de pouvoir doit en assumer les conséquences. C'est bien Louis XVI qui a perdu sa tête le 21 janvier 1793 à 10 h 22.

La psychologie nomme "conformisme" le sacrifice fait par un individu de son libre arbitre pour adopter les choix faits par son groupe d'appartenance, choix qui deviennent pour lui des demandes à satisfaire. Il s'agit alors de compléter le corps idéalisé du groupe, substitut du corps parental, pour qu'il soit Un et le reste. Ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est le : "Tous sauf un, moi." En ce sens, le conformisme va plus loin que la soumission à l'autorité, encore que l'obéissance puisse être une conséquence du conformisme puisque l'enfant sage, l'enfant idéal, se doit d'être docile et gentil. Si la demande de l'Autre devient désir, c'est qu'elle a été intériorisée. L'identification aux images parentales donne au moi un idéal qu'il va essayer de réaliser pour se donner de lui-même une image idéale, d'où l'importance accordée au regard des autres, au désir de plaire et à la peur de ne pas être normal. Le danger des sondages est de faire du choix du plus grand nombre une norme difficile à transgresser dans la mesure où il n'est pas facile d'assumer sa différence au risque de déplaire. C'est ainsi que se noue le transfert amoureux : se faire moi idéal pour un Autre en position d'idéal du moi. De là, plaire devient la condition pour se plaire, et être aimé pour s'aimer. Ce transfert peut se faire sur un groupe, mais il se concentre souvent sur la figure du leader.

On voit bien l'intérêt qu'il y a pour le pouvoir politique à vouloir limiter le développement psychoaffectif des populations qu'il gouverne afin de mieux les instrumentaliser pour son profit et celui des puissances d'argent qu'il sert. Le premier instrument de cette infantilisation est la famille, puis viennent l'école et le monde du travail ainsi que l'organisation sociétale dans sa totalité. À une époque maintenant révolue, il y avait aussi le service militaire obligatoire. Certains proposent de le rétablir en disant (5) que ce serait là un bon moyen pour assurer la cohésion nationale en même temps que de donner la chance à certains jeunes d'accéder à une formation professionnelle. On nous dit aussi que, selon un sondage, 74 % des Français seraient favorables au retour de ce service militaire. Certains invoquent aussi "un devoir de défense de la nation". On ne savait pas que la patrie était en danger, mais on sait à quoi servent les nombreuses "petites guerres" appelées OPEX que la France mène au Sahel. C'est là qu'on voit à quel point les intérêts de la France ne sont pas ceux des Français mais des actionnaires du CAC 40, autant d'ultra-riches dont les entreprises convoitent les richesses minières des pays concernés. Quant au service militaire, même si je n'en garde pas un mauvais souvenir, il n'y avait cependant rien d'épanouissant à s'entendre dire : "Vous n'êtes pas là pour discuter mais pour obéir." Ou encore, à l'occasion d'un désaccord à propos de l'interprétation d'un Rorschach : "Ne soyez pas étonné de rester 2? classe, vous êtes un antimilitariste." Mais si cette année a malgré tout été épanouissante pour moi, c'est grâce à la possibilité qui m'a été offerte de mettre à profit une situation privilégiée pour réaliser des projets personnels et côtoyer des professionnels d'un niveau de compétence impressionnant, vérifiant par la même occasion la pertinence de la maxime disant que "plus le grade est élevé, moins ils sont cons". Par contre, autour de moi, mes semblables, eux aussi situés au bas de l'échelle, étaient en souffrance. Ils avaient des difficultés à se soumettre à une autorité jouissant arbitrairement de son pouvoir et à accepter certaines humiliations, ce qui m'était épargné.

Tout groupe organisé sur un mode hiérarchique et dirigé par un leader pose les questions du mode de choix et du contrôle de l'action de ce dernier par les membres du groupe. Dans une démocratie représentative à la française, les électeurs n'ont aucun contrôle sur l'action des élus entre deux élections. Ils jouent leur avenir sur un choix renouvelé tous les 5 ans en ce qui concerne l'élection présidentielle et l'élection des députés. Ils n'ont donc pas intérêt à se tromper et les candidats ont tout intérêt à les tromper, comme tous les bonimenteurs dont la seule préoccupation est de vendre leur marchandise. Quant au contrôle de l'action du gouvernement par les députés prévu par la Constitution, il disparaît quand, comme à l'heure actuelle, la majorité des députés est du même bord que le Président de la République. D'ailleurs à ce moment-là, il n'y a plus de république puisque les trois pouvoirs politiques sont confondus, mais bien dans une dictature.

Si tant de Français s'abstiennent de voter, votent blanc ou nul (16 071 243 sur 47 568 884 inscrits au second tour de l'élection présidentielle de 2017), c'est que pour eux la parole des politiques a perdu toute crédibilité. Et on les comprend : ils votent pour François Hollande s'imaginant voter pour un socialiste et se retrouvent avec une politique quasi identique à celle de son prédécesseur. À cela rien d'étonnant puisqu'elle est décidée à Bruxelles. Et d'une manière très générale, les élus ne se sentant pas engagés par leurs promesses électorales, les électeurs ne peuvent qu'être déçus. Ils votent, certains le savent et d'autres non, pour un pur produit du marketing comme pour n'importe quelle marchandise vendue dans un quelconque supermarché, ou plutôt achetée sur internet sur la seule foi du discours et des images publicitaires, mais sans délai de rétractation ni de service après-vente. Dès lors on comprend qu'il soit difficile de faire un choix, surtout le bon choix, dans une élection aussi importante que l'élection présidentielle, surtout si l'on sait qu'il y a forcément à l'arrivée tromperie sur la marchandise. Ceux qui choisissent le font plus sous influence que par raison, d'où l'importance de contrôler les médias pour qui veut se faire élire.

Après une vie de travail passée sous une chape de plomb ne laissant guère d'espace pour un quelconque épanouissement de soi, vient l'âge de la retraite qui signifie pour beaucoup une misère accrue en plus de la maladie et de la solitude. Et ce sont ces pensions de retraite que le pouvoir politique actuel veut réduire avec une réforme dont l'unique but est de donner encore davantage à ceux qui profitent déjà d'une répartition des richesses particulièrement inique. On comprend alors que ce soit dans la sphère familiale qu'une majorité de Français trouve quasi exclusivement un peu de "bonheur".

Est-ce que la révolte, puisque c'est ce à quoi nous assistons depuis plus d'un an, peut être un remède contre une société profondément pathogène ? Si l'on part du postulat qu'une société qui rend malade est une société malade, le simple bon sens voudrait que l'on commence par la soigner. Ce ne serait que reprendre la logique de la psychothérapie institutionnelle, pratique quasiment oubliée de nos jours, et qui considérait que le préalable indispensable du soin en psychiatrie était de soigner l'institution. Ce projet n'était en fait que la reprise au niveau de l'institution soignante de l'exigence d'une psychanalyse personnelle pour celui qui voulait exercer le métier de psychanalyste. Alors en quoi la société française serait-elle atteinte d'une maladie qui rend malade ? On connaît bien ce type de maladie et elle additionne perversion et perversité.

Cette perversité n'échappe pas à ce syndicat de policiers qui dénonce l'hypocrisie d'un gouvernement qui porte la responsabilité de violences policières extrêmement graves à l'égard de manifestants pacifiques pour condamner ces mêmes comportements un an plus tard. Il parle "du vieux sketch du pompier pyromane alors que nos collègues (policiers) tombent comme des mouches, jour après jour (6)." Sous la pression insistante des témoignages, le chef de l'État et les médias ont dû reconnaître ces violences jusque-là niées contre toute évidence. Déni de la réalité et doubles discours sont devenus la marque de fabrique des politiques et des médias qui sont à leur service. Tous les mensonges semblent permis pour essayer de convaincre les Français que tel choix politique leur est favorable ou d'une nécessité incontournable, alors qu'à l'évidence c'est tout le contraire. On a eu l'exemple de la théorie du ruissellement justifiant l'argent de l'État donné aux plus riches par les retombées positives que cela aurait sur ceux du bas. La bonne théorie serait plutôt celle de l'aspirateur qui dépouille les travailleurs au profit des Gros. L'actuelle réforme des retraites offre un autre exemple de cette tentative de manipulation collective. C'est comme si un violeur voulait persuader sa victime qu'il la violait pour son bien à elle ou rendre son viol acceptable en invoquant un besoin impérieux.

Le discours sur le pervers est au coeur du pouvoir. De nombreuses publications évoquent en termes très irrespectueux l'aventure du jeune Macron qui, à l'âge de 15/16 ans, aurait eu une relation amoureuse avec son enseignante de 39/40 ans qui est l'actuelle Madame le Président. Il faut dire que cet épisode de la vie du chef de l'État a été largement évoqué dans la presse et a donné lieu à des interviews accordées par la Première dame. Les internautes se font psychologues et se demandent si notre Président n'a pas été perverti par cette expérience précoce. D'autres se font juristes et s'interrogent quant à l'impunité dont a bénéficié la "séductrice". Certains vont jusqu'à parler de pédophilie et à associer cette situation à d'autres affaires connues de la société française, dont les auteurs auraient bénéficié d'une certaine impunité.

Ce qui n'est qu'une anecdote est utilisé à des fins politiques. Le terme de détournement de mineur est souvent invoqué, d'où des spéculations sans fin sur l'âge du Président à cette époque. Ce qui est étrange, et révélateur, c'est que cette aventure est utilisée contre lui, alors que, si les faits sont véridiques, il s'y trouve pris comme victime. La haine amène à quitter la polémique, voire le combat politique, pour discréditer l'adversaire, comme cela se fait en temps de guerre, quand l'ennemi est accusé de monstruosités variées et diverses.

 Dans la foulée, des mères se disent inquiètes d'une éventuelle loi qui pourrait venir autoriser les relations sexuelles entre adultes et mineurs de moins de 15 ans. L'annonce d'un colloque, début 2019, ayant pour thème l'âge requis pour le consentement sexuel de l'enfant, a incendié le web. D'autant plus qu'on y trouve une large confusion entre perversité et perversion.

La notion de détournement est centrale dans la définition du concept de perversion. Il s'agit toujours d'un organe, corporel ou symbolique, qui est détourné de sa fonction première. Une institution pervertie se définit alors comme étant une institution détournée du rôle qui lui est dévolu par la loi. Ainsi le rôle social de la justice est d'appliquer la loi. La justice est pervertie quand elle ne rend plus la justice mais se met au service d'intérêts politiques ou autres. On peut supposer que dans une démocratie les institutions sont toujours plus ou moins perverties, mais depuis l'élection du Président Macron et la prise de pouvoir par son groupe, cette situation a atteint un extrême qui a amené les Français à manifester bruyamment leur désaccord. Ils se sentent trahis par un chef de l'État, un gouvernement et des députés donnant l'impression de ne plus gouverner dans l'intérêt de la France et des Français, mais de se mettre au service des actionnaires du CAC 40 et d'obéir aux ordres d'une Allemagne qui règne sur l'Europe en contrôlant la Commission européenne. Ce qui reste factuel, c'est que nous avons actuellement en France une démocratie pervertie par une classe politique qui instrumentalise le pays dans sa totalité.

Il est classique de distinguer la perversion de la perversité en attribuant à cette dernière une dimension morale résidant dans l'absence de consentement de la "victime". En ce sens, le contrat masochiste tel qu'on le trouve dans l'œuvre de Sacher-Masoch, le lien pervers qu'il noue, s'il relève bien de la perversion, n'est pas du registre de la perversité. Quant aux "perversions sexuelles" au sens que leur donne Krafft-Ebing dans son étude sur la "Psychopathia Sexualis", mieux vaut sans doute parler de nos jours de "déviations sexuelles" ou de "variantes sexuelles" pour souligner la dimension conventionnelle, donc redéfinissable de la norme sexuelle. Mais qu'une perversion ou une perversité soient promues au rang de norme ne change rien quant à leur nature.

Il serait possible de passer en revue l'ensemble des institutions politiques pour voir en quoi leur fonctionnement est pervers, tant au sens de la perversion que de la perversité, mais on se contentera de dire quelques mots de la presse et du rôle qu'elle joue dans la manipulation mentale de populations entières dans le but d'influencer les pensées, les émotions ou les comportements de leur public. Si les journalistes devaient avoir une éthique, cela pourrait être celle de l'objectivité dans l'information. Or il est évident pour tout le monde depuis plus d'un an maintenant qu'il n'en est rien et que sous couvert d'informer le public les journaux télévisés et autres se livrent à une incessante propagande au service du pouvoir soutenu par les propriétaires des médias. Il y a eu d'abord le traitement médiatique du mouvement des Gilets jaunes dénoncé par l'Observatoire des médias, Acrimed (7), et actuellement la manière très partisane de parler des grèves en cours et des syndicats non collaborationnistes. Présenter comme positive pour les retraités une réforme dont le but affiché est de réduire le budget des pensions est tout simplement thanatophorique (8). Et si le commun des mortels ne fait pas trop la différence entre journalistes, chroniqueurs et éditorialistes, auxquels il faut ajouter tous les "experts" qui viennent les entretenir des questions d'actualité, c'est aussi parce que cette confusion est largement entretenue, comme celle entre fiction et réalité dans les émissions de téléréalité. Une distinction entre reportage, journalisme engagé ou d'impact, etc. n'est pas pertinente pour évacuer le problème que soulève la désinformation dès lors que les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs sont dans l'attente d'une information impartiale.

Une personne est dite sous influence quand elle a perdu son libre choix. Ce n'est donc plus elle qui choisit, on choisit pour elle, et ce "on" sont tous ceux qui l'induisent en erreur pour en faire finalement une marionnette dont ils tirent les ficelles. En basant sa vie sur des informations fausses, ce n'est plus sa vie que l'on vit mais un scénario écrit par d'autres. Les psychologues savent que vivre dans le faux est non seulement incompatible avec une vie épanouie, mais un trait commun à tous les déprimés de la planète. Car ce qui est alors en jeu n'est plus du registre de la frustration ou de la privation, mais touche à l'identité de la personne en créant un faux soi. Il devient ainsi difficile, voire impossible, de se rencontrer soi-même ou la réalité du monde dans lequel on vit. À partir de là, on voit mal comment il serait possible de se réaliser soi-même.

Si les Français sont plus malheureux que d'autres, est-ce que cela veut forcément dire que la société française est plus artificielle, plus mensongère que d'autres ? On peut en douter. Toutes les sociétés modernes sont inauthentiques et vivent dans le faux-semblant, dans un monde basé sur des images manipulées de la réalité. Mais il n'y a là rien de nouveau. Simplement le curé, le maire et l'instituteur ont été remplacés par la télévision et internet. De tout temps les gens ont voté pour des individus qu'ils ne connaissaient que par ouï-dire ou se sont laissé séduire par les arguments de quelque bonimenteur. D'où l'intérêt, pour qui est en quête de vérité, de chercher refuge dans un monastère ou quelque autre lieu retiré, à l'abri des faux dieux.

Transformé en pantin depuis sa naissance, exilé de sa vérité, le citoyen ainsi moutonné n'aura d'autre souci que de retrouver un maître qui lui est devenu indispensable. Il est alors prêt à jouer le rôle qui lui est attribué dans cette supercherie qu'est la démocratie représentative, en tout cas la nôtre qui est une dictature de fait. Pour imposer leur pouvoir, les puissances d'argent, en l'occurrence les actionnaires du CAC 40, ont pris une influence déterminante sur l'État français et sur tout ce qui va avec : la police, l'armée, l'enseignement, etc. Ils se sont aussi payé tous les outils nécessaires pour mener le troupeau là où ils le souhaitent. Et quand la persuasion ne suffit plus, il reste la violence : c'est ce à quoi nous assistons actuellement. Mais généralement le formatage à la soumission acéphale suffit et nous donne une foule de petits Eichmann, c'est-à-dire des individus pour lesquels l'obéissance à l'autorité est la valeur suprême. Mais les choses ne sont évidemment pas aussi mécaniques, et Arendt a négligé dans son portrait de l'homme ordinaire qui obéit au lieu de penser, la dimension transférentielle à l'image paternelle incarnée dans la personne du chef suprême.

La réponse du criminel nazi à la planche paternelle du TAT (7 BM) est intéressante à cet égard : Père et fils. (En parlant du fils) Moralement inférieur. Débauché… (Pause) … Débauché… L'expression du visage du père… sournoise… il parle avec le fils d'un sujet sombre… drogues… contrebande… Le fils me donne l'impression d'un toxicomane. L'expression du fils nous dit qu'il est très indécis. (Que va-t-il se passer ?) L'attitude de la bouche du fils tend à la brutalité. Je crois qu'il va accepter l'offre du père. La bouche, les lèvres me disent qu'il est capable de le faire."

L'image du père est loin de celle, habituelle chez le névrosé, d'une autorité représentant la loi et venant interdire au fils l'accès à l'objet maternel. Là, au contraire, le père est le complice du fils dans la transgression, et même il le pousse au crime. Pourtant les mots utilisés pour décrire le père et le fils montrent la présence d'un jugement moral. On peut en déduire un clivage du moi permettant de faire coexister sans conflit une relation perverse à un père qui n'est plus le symbole de la loi, mais de sa transgression, et une conscience morale (surmoi) gelée. Le clivage rend le surmoi inopérant en mettant le moi à l'abri de l'angoisse et de la culpabilité qui s'abattent habituellement sur le névrosé quand il risque de transgresser la Loi.

Pour ceux qui veulent s'approprier le pouvoir et l'argent dans une démocratie, la tactique consiste à maintenir le peuple dans l'ignorance de la chose politique et à l'infantiliser au maximum. Fournir à un individu ou à une foule les réponses à des questions qu'ils ne se sont pas encore posées est sans doute le meilleur moyen pour les exclure de la pensée. Pour que cette dépossession soit efficace, il faut que le spoliateur avance masqué pour être crédible et susciter la confiance. Mais, le masque ne cessant de tomber, il ne devrait plus être possible de faire confiance à des politiciens dont on sait que tout l'art réside dans leur seul talent de duper d'éventuels électeurs. Pourtant ce n'est pas le cas et nombreux sont les aveugles qui veulent le rester. J'ai été étonné par la cécité mentale de ceux qui ont pris la défense du leader de l'extrême gauche française quand il s'est aventuré à défendre un millionnaire auquel la justice d'un pays étranger reprochait des malversations financières et qui, libéré sous caution, avait pris la fuite. L'argument, répété en boucle pour justifier le comportement surprenant de quelqu'un qui se présentait habituellement comme étant le défenseur du prolétariat contre le capital, était qu'il ne défendait pas la personne mais dénonçait la maltraitance du prévenu par la justice et le non-respect des droits de la défense (9). Qu'un leader d'extrême gauche se fasse l'avocat d'un millionnaire en pleine crise sociale devrait pour le moins interroger ceux qui adhèrent au parti du prolétariat. Mais non, ils se contentent de justifier, et même d'approuver, l'attitude de leur leader en reprenant en chœur : "Il n'a pas défendu la personne, mais les droits de la défense." On se demande pourtant comment la justice d'un pays capitaliste pourrait maltraiter un millionnaire accusé d'un délit financier avec tout l'argent dont il dispose pour se payer les services des meilleurs avocats et avec toutes les télévisions de la planète braquées sur lui. En tout cas, s'il a réussi à prendre la fuite, c'est qu'il avait été libéré sous caution et était en résidence surveillée. Ce qui lui a permis de financer son exfiltration en faisant appel à un organisme spécialisé (10). On voit que le besoin de donner un sens à leur vie et de restaurer ainsi leur narcissisme peut amener des militants jusqu'au sacrifice de leur intelligence.

La presse française et une certaine gauche auront réussi à faire d'une personne, membre connu de la classe des "très riches" et inculpée par un État de droit, une victime et un héros. Après, il est vrai qu'en France la clémence de la justice est directement proportionnelle au contenu du porte-monnaie, ce qui fait qu'un pauvre peut être condamné à la prison ferme pour le vol d'un fromage (11) sans que personne ne s'indigne. Ceci sans doute parce que le fait est habituel ou en tout cas bien plus fréquent que la condamnation d'un politique ou d'un "ultra-riche".

Beaucoup de Français prennent la défense du millionnaire en question, et se félicitent de sa fuite, sans doute par solidarité nationale, indifférents en cela à la différence de classe. D'autres pensent que le riche est coupable du seul fait de ses millions. Ils privent ainsi le prévenu de la présomption d'innocence dont il est pourtant supposé bénéficier. Dans l'ensemble, ces réactions montrent que rares sont ceux qui s'interrogent sur les faits, ou sur les réponses qu'ils apportent à des faits dont ils ignorent tout, ou presque. On en viendrait à regretter la "docte ignorance" que professait en son temps Nicolas de Cues. Tous pensent en fonction de clichés qui leur ont été fournis par d'autres, les médias en particulier, ou qui sont déjà présents dans leur mémoire comme autant de préjugés. Mais surtout il n'est pas question de remettre en cause ces stéréotypes, comme si leur survie en dépendait. Une autre illustration de cette pensée qui ne pense pas nous est fournie par la représentation qu'ont beaucoup de Français du Front National devenu le Rassemblement National, et de son leader, Marine Le Pen. Les clichés qui leur sont les plus fréquemment associés sont : racistes, xénophobes, nationalistes, identitaires, fascistes, etc. Cette image, qui peut s'expliquer par les conditions de la création du parti par Jean-Marie Le Pen au début des années 70, perdure essentiellement par l'action de la propagande médiatique et des politiques hostiles à un mouvement qualifié habituellement d'extrême droite. Alors même que la définition de ce qu'on appelle "extrême droite" reste problématique (12), pour beaucoup ce parti est synonyme de racisme et de fascisme, ce dont les leaders du FN/RN ne cessent de se défendre. Là aussi il paraît vain de vouloir questionner un cliché bien ancré par la propagande dans la conscience collective. Il m'est arrivé de demander autour de moi pourquoi les gens considéraient les sympathisants du FN comme étant des racistes ou des fachos. Beaucoup répondent : "C'est comme ça", et se montrent surpris que quelqu'un puisse se poser pareille question. D'autres se réfèrent à des paroles malheureuses du père Le Pen remontant à plus de 40 ans. D'autres encore répondent : "S'ils le disent à la télé, c'est que c'est vrai." À trop insister, on finit par être soupçonné d'être soi-même un raciste-facho. On voit que ces clichés fonctionnent comme des pensées réflexes résultant d'un conditionnement dans lequel les médias jouent un rôle de premier plan. On assiste actuellement à quelque chose d'identique avec le terme de "populisme" dont personne ne semble trop savoir ce qu'il veut dire, sauf qu'il désigne le nouveau "mal". La technique du conditionnement est simple : vous prenez un mot et vous lui associez un maximum de valeurs négatives, ensuite vous répétez le tout jusqu'à ce que l'association-réflexe soit créée.

Si fin 2018 le mal-être français est devenu révolte contre les autorités politiques, et tout particulièrement contre le chef de l'État et le gouvernement, mais aussi contre les députés "godillots" et d'une manière plus générale contre l'ensemble des institutions publiques, ce n'est évidemment pas un hasard, mais le résultat d'un profond malaise ayant pour cause une gouvernance déficiente que j'ai située du côté de la perversité. Ce détournement pervers de l'État a eu pour corollaire une dépossession matérielle et morale grandissante des Français. Une évidence s'impose : il est difficile d'être heureux dans un pays quand ceux qui le dirigent trahissent la démocratie et gouvernent contre l'émancipation du peuple et ses intérêts, instaurant un despotisme digne d'une république bananière.

1) https://www.ash.tm.fr/les-travailleurs-pauvres-de-plus-en-plus-nombreux-selon-linsee-522407.php

2) https://www.latribune.fr/economie/france/les-pauvres-sont-de-plus-en-plus-pauvres-selon-l-observatoire-des-inegalites-726446.html

3) Claudia Senik What makes the French so unhappy? Joie de vivre appears to have eluded the people of France,

https://www.ft.com/content/07920018-9c8c-11e2-ba3c-00144feabdc0

4) https://atlasocio.com/classements/societe/bonheur/classement-etats-par-indice-de-bonheur-monde.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/World_Happiness_Report

5) https://www.capital.fr/polemik/faut-il-retablir-le-service-militaire-en-france-1223617

6) https://france-police.org/2020/01/14/lors-des-voeux-du-ministre-castaner-la-macronie-nous-rejoue-le-vieux-sketch-du-pompier-pyromane-alors-que-nos-collegues-tombent-comme-des-mouches-jour-apres-jour/?fbclid=IwAR3GxwFjjM8Na3k9VKMfIMgzht7sPE9AJcsb-G2VI9qpvP31TE6j-VFblm4

7) https://www.acrimed.org/Dessine-moi-les-medias-gilets-jaunes-et-mepris

8) https://www.acrimed.org/Retraites-50-nuances-de-galeres-au-20h-de-France

https://www.acrimed.org/Retraites-les-editorialistes-sur-le-pied-de

9) https://www.lepoint.fr/politique/melenchon-defend-la-fuite-de-ghosn-et-critique-la-justice-japonaise-07-01-2020-2356449_20.php

10) https://www.lecommercedulevant.com/article/29574-carlos-ghosn-aurait-perdu-40 % de sa fortune depuis son arrestation, selon Bloomberg

11) https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/3-mois-prison-ferme-vol-fromage-homme-qui-avait-faim-toulouse-1137481.html?fbclid=IwAR09_iA43HT7rPQAam6FL8Mb8AnSMtoRaUq1JDeQ36WtCnVhlBUFzNo1UcM

12) https://www.franceculture.fr/politique/le-front-national-est-il-un-parti-dextreme-droite

 

  2. L'État contre la société

 

Jamais contents, éternels insatisfaits et râleurs, les Français refusent de se résigner au triste sort que leur a programmé un pouvoir politique au service des puissances d'argent. Mais ils semblent bien en peine de créer les changements nécessaires pour reprendre leur vie en main. Ils ne cessent d'attendre un homme providentiel, véritable Messie, qui les emmènerait vers un monde meilleur. Ce rêve les a conduits jadis à plébisciter un Napoléon Bonaparte, que certains qualifient encore de nos jours de "boucher de l'Europe". Et comme cela n'a pas suffi, ils ont rejoué le même scénario avec Napoléon III, on connaît le résultat. Puis de "Maréchal" en "Général", ils ont fini dans le grotesque en pensant trouver "Le Sauveur" en la personne d'un banquier d'affaires. Ce qui a amené la France à la catastrophe que nous connaissons actuellement. Selon le Président Macron, les Français seraient des "Gaulois réfractaires au changement", mais paradoxalement, quand ils veulent que ça change et demandent sa démission, ils ne trouvent face à eux que la violence d'une répression militaro-policière difficilement concevable dans une prétendue démocratie. démocratie.

Une des causes sociales du malaise actuel des Français vient directement du projet de leur conversion forcée à la logique néolibérale avec la volonté affichée du pouvoir politique de détruire l'État social. La perspective de vivre dans un pays qui ne serait plus une "mère" patrie volant au secours de ses "enfants", un contenant sécurisant, mais un milieu hostile comparable à une jungle, conformément à l'idéologie darwinienne du libéralisme économique, les a amenés à descendre dans la rue. 

On ne peut pas nier les défaillances de l'État dans la genèse des mouvements sociaux que connaît la France depuis plus d'un an et qui ont commencé par la mobilisation des Gilets jaunes autour des ronds-points puis leurs manifestations hebdomadaires pour finir par l'importante grève déclenchée en décembre et qui continue en 2020. Bien que le Président Macron et le gouvernement Philippe soient expressément désignés du doigt par la vindicte publique, le malaise des Français ne date pas d'aujourd'hui. Et il en va de même des défaillances de l'État. Mais la situation n'ayant fait que s'aggraver, le point de rupture a été atteint d'autant plus que la seule réponse apportée par le pouvoir politique aux plaintes et aux exigences des Français a été le mépris et la violence.

L'État est accusé par les Français en révolte de ne pas respecter les paragraphes 10 et 11 du Préambule de la Constitution de 1946 auxquels se réfère explicitement le Préambule de la Constitution de 1958. Il est dit dans le paragraphe 10 que "la Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement" et dans le paragraphe 11 : "Elle (la Nation) garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence."

La réalité pour beaucoup de Français est actuellement d'avoir une vie réduite à survivre, et encore parfois avec difficulté. En tout cas, ils sont loin d'avoir les possibilités financières d'un épanouissement pouvant leur assurer un certain niveau de bien-être. Et d'une manière plus générale, les Français voient leurs droits économiques et sociaux régresser à grande vitesse d'année en année. Pire, cette régression semble être devenue le projet politique de ceux qu'ils ont élus pour les gouverner.

Chaque époque fournit aux peuples qui la traversent de bonnes et de moins bonnes raisons d'être heureux ou malheureux. Il est forcément difficile de préciser, face à un état qualifié classiquement de "dépressif", ce qui relève de l'histoire individuelle ou des conditions de vie réelles. Mais ce que l'on sait, c'est que ces dernières jouent un rôle déterminant dans le bien-être et que, par conséquent, la politique imposée à une société par ceux qui détiennent le pouvoir mérite une attention toute particulière. De ceci, la société grecque, mise à mal depuis 10 ans par la politique d'austérité imposée par l'Union européenne, nous fournit une illustration particulièrement douloureuse.

En France, les conditions de vie des "Petits" se détériorent depuis 1982/83, soit à peine un an après l'accession à la présidence de François Mitterrand. Dans le même temps les "Gros" ne cessent de s'enrichir et les inégalités de se creuser. Après des avancées sociales indéniables, issues de l'application du Programme commun, la France a pris, brutalement, un virage nettement libéral : blocage des salaires en 1982, politique de la rigueur en 1983, dérégulation bancaire en 1986, libéralisation des flux de capitaux en 1988, etc. C'est Pierre Mauroy, alors Premier ministre, qui en a donné le coup d'envoi le 20 mai 1982 en déclarant : "Les hausses nominales excessives de revenus et de salaires entretiennent l'inflation et privent notre économie des moyens de créer des emplois. Le gouvernement est décidé à agir pour modérer davantage l'évolution des salaires (1)." On connaît la suite : les prix qui devaient être bloqués ne l'ont pas été, et les hausses de salaire prévues annulées. Donc adieu à la social-démocratie et bienvenue au social-libéralisme. Étrangement le mot démocratie s'estompe. Son élision va se révéler riche de sens.

La politique instaurée par Mitterrand à partir de 1982 : réduire le coût de la main-d’œuvre dans le but affiché de relancer l'économie, mais qui de fait n'a servi qu'à augmenter les dividendes versés aux actionnaires, est devenue la norme. Laissons à l'histoire (2) le soin d'expliquer ce glissement des socialistes vers une gouvernance néolibérale qui en a désorienté plus d'un et qui est devenue un des symboles de ce que l'on peut considérer comme la forfaiture d'une classe politique moralement corrompue. De désenchantements en désillusions, les Français sont tombés sur le candidat Macron qui leur a promis d'en finir avec l'ancien monde et de moraliser la vie politique, tout en prenant grand soin de leur cacher que son projet était de mener à terme la conversion de la France au capitalisme ultralibéral dans le cadre des directives de la Commission européenne. Au lieu de l'homme providentiel qu'ils espéraient, un nouveau Napoléon, les Français n'ont trouvé qu'un serviteur zélé des puissances d'argent pour appliquer une politique dont les succès économiques des USA avec Trump et de la Chine avec Deng Xiaoping ont montré les limites (3).

Les indices révélateurs d'une morbidité de la société française ne manquent pas, et ne datent pas d'aujourd'hui. Ils traduisent indéniablement un mal-être basique dont on ne voit pas quelle pourrait être la cause, si ce n'est un facteur pathogène sociétal. Le nombre important de suicides, un des plus importants d'Europe, est sans aucun doute révélateur : 9 000 personnes se donnent la mort chaque année. Il s'agit là d'un chiffre officiel, le nombre réel est sans doute bien plus élevé. La honte et la culpabilité que ressent l'entourage d'un parent qui se donne la mort font que de nombreux suicides sont cachés. Pour les mêmes raisons, certains déguisent leur suicide en accident. Si l'on ajoute aux morts les tentatives de suicide qui seraient d'environ 20 pour un décès, mais là aussi vraisemblablement bien davantage, on peut mesurer l'ampleur du désastre (4).

Un autre indice révélateur du niveau de morbidité est l'importante consommation de psychotropes que font les Français. Ils battraient même le record mondial dans ce domaine. Ajoutons à cela des "aidants chimiques" aussi dévastateurs que l'alcool et toutes sortes de drogues illicites, et on en conclura que pour les Français le paradis est d'abord artificiel (5).

 

 

 Pour expliquer cette addiction aux drogues et aux psychotropes, ainsi qu'un recours élevé aux psychothérapeutes et autres magiciens de l'âme, les spécialistes et les médias invoquent la dépression, terme qui en est ainsi venu à désigner, outre des pathologies mentales caractérisées et des états réactionnels aux aléas de la vie, un mal-être plus diffus que repèrent vite les étrangers fraîchement débarqués de leur pays d'origine et qui constatent que les Français n'ont pas l'air heureux. Cette constatation prend tout son sens quand ces nouveaux venus sont des psychiatres ou des psychologues qui savent bien de quoi ils parlent quand ils voient dans cette souffrance diffuse faite d'insatisfaction autre chose qu'une pathologie classique, même si elle est soignée comme telle. À ce niveau, les soins "psy" relèvent du traitement palliatif : ils soulagent une souffrance qui est en fait une pathologie sociétale mettant un grand nombre de personnes en difficulté à vivre les conditions de leur existence.

L'image du Français jamais content et toujours râleur est bien connue. De nombreux articles de presse ont été consacrés au thème du Français qui n'est pas heureux, confirmant par là une réalité que seuls quelques instituts de sondage et des journaux trop près du pouvoir politique et des puissances d'argent osent nier (6). Aucune réponse convaincante n'a été apportée pour expliquer une singularité dont on peut se demander si elle ne gît pas davantage dans l'absence de réponse adéquate de la société à un malaise individuel que dans des dysfonctionnements sociétaux qui en sont la cause. Mais peu importe : dans les deux cas, il y a une inadéquation entre les besoins de la population et ce que la société lui apporte. De fait, toutes les sociétés européennes sont uniformément en souffrance à cause de la même politique néolibérale imposée aux peuples par l'Union Européenne et le Fonds monétaire international. Peut-être que les Français sont simplement plus démunis que d'autres pour faire face à une politique qui ne recule pas à sacrifier des vies à l'enrichissement des groupes financiers et de quelques puissants. Le racisme de classe, c'est-à-dire le mépris pour les petites gens, qui est omniprésent dans la classe politique et chez les nantis, n'est sans doute pas pour rien dans la grisaille française.

Le Français n'est évidemment pas le seul à souffrir de l'obligation de réussite que la société néolibérale impose à ses membres. Une telle obligation laisse croire, du fait de sa seule existence, qu'une telle réussite, mesurée exclusivement à l'aune de l'argent amassé, est possible et ne dépend que de soi. L'échec est ainsi imputé exclusivement à l'individu et non à la société dont l'organisation et le fonctionnement peuvent faire obstacle à la mobilité sociale. Le "looser" en vient à être honteux de sa condition et finit par se mépriser. On se souvient du publiciste Séguéla qui a déclaré sur un plateau de télévision en février 2009 : "Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie." Il y a aussi cette parole attribuée à Bill Gates : "Ce n'est pas votre faute si vous êtes né pauvre. En revanche, si vous mourez pauvre, c'est votre erreur." En d'autres termes : "Ça ne tient qu'à vous de devenir riche, et si vous échouez, ça ne tient qu'à vous aussi." La pauvreté est ainsi promue au rang de "péché mortel" par la religion néolibérale.

Le "rêve américain" n'est pas pour les Français. Pour "réussir", la position sociale héritée de ses origines est nettement plus déterminante que ses mérites. Mais la "méritocratie" n'est pas limitée uniquement par une organisation mafieuse de la société. Déjà en 1964, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (7) nous montraient que notre institution scolaire reproduisait les inégalités sociales et culturelles, les bons élèves se recrutant dans les milieux aisés et cultivés (l'un allant souvent avec l'autre), alors que les enfants d'ouvriers attestaient de parcours scolaires médiocres. Si bien qu'à l'université ne se retrouvaient plus guère alors que les enfants de la bourgeoisie. Actuellement le fameux "ascenseur social", non seulement ne monte pas très haut, mais il aurait même une certaine tendance à descendre (8).

De nos jours, on peut espérer éviter, grâce à ses mérites, la pauvreté pour accéder à un état de semi-pauvreté, mais guère davantage. Et les Français le savent. Les médias ont beau se relayer pour essayer de les convaincre qu'ils sont heureux et que leur pouvoir d'achat a augmenté grâce à la politique d'un Macron dont le peuple demande la démission, rien n'y fait. S'ils sont descendus dans la rue fin 2018, vêtus d'un gilet jaune, c'est par réaction à une hausse de la taxe des carburants, et s'ils sont toujours dans la rue début 2020, alors que cette augmentation a été annulée dès décembre 2018, c'est que cette hausse a pris pour eux le sens d'un message de mépris adressé par la classe politique et les nantis aux petites gens. On doit au président Macron d'avoir fait (re)découvrir aux Français la lutte des classes, une lutte non seulement pour le pouvoir économique, l'amélioration des conditions matérielles de vie, mais une lutte pour la reconnaissance. Ils exigent que les travailleurs, chômeurs, invalides, retraités, etc. soient considérés comme étant des êtres humains dont la dignité se devait d'être respectée par les classes dominantes. Mais la lutte des classes, c'est aussi, et peut-être d'abord, la guerre que fait le capitalisme aux travailleurs et aux classes populaires déjà surexploitées. L'audace et la voracité des capitalistes ont été excitées par l'échec du bloc communiste. Ils ont trouvé dans les institutions de l'Union Européenne et leurs relais nationaux des instruments dociles pour détruire l'État social sous prétexte de résorber dette et déficit publics (9).

De nombreuses publications (10) ont listé les marques de mépris du président de la République à l'égard des Français, de préférence les classes laborieuses. Mais les Français le lui rendent bien, souvent sur le mode de la caricature : ainsi on peut le voir représenté sur Facebook en tutu, allusion à sa supposée homosexualité, en officier nazi ou en Hitler à cause de son gouvernement autoritaire et de la violence de la répression policière, en bébé avec sa "maman" Brigitte, allusion au fait qu'à l'âge de 15 ou 16 ans il a été séduit par sa professeure qui avait la quarantaine, sous les traits de Pinocchio, incarnation du mensonge et sextoy de maman, etc. On aura rarement vu un chef d'État être l'objet d'un tel mépris et pas uniquement de la part de ces Français que Macron jugerait sans doute comme étant abrutis et incultes. Des livres bien documentés sont parus, s'intitulant : "Le grand manipulateur : les réseaux secrets de Macron" (un livre de Marc Endeweld) ou "L'imposture Macron" (publié par ATTAC et la Fondation Copernic).

Si le malaise français atteint actuellement des sommets, cela tient pour beaucoup aux inquiétudes soulevées par la conversion de la société à la logique néolibérale, ce qui signifie la destruction des acquis sociaux hérités du Conseil National de la Résistance. De contenant sécurisant basé sur une idéologie de la solidarité nationale, la société se transforme en un milieu hostile comparable à une jungle, conformément à ce que veut l'idéologie darwinienne du libéralisme économique. Cette crainte explique la tendance accrue des Français à se détourner de la société pour se replier sur leur sphère privée. Une enquête de Sociovision note que "la majorité des Français (56 %) ont aujourd’hui des objectifs individuels qu’ils s’efforcent d’atteindre, face à une envie d’un but commun qui s’effondre peu à peu depuis 2016 (11)." Il est trop tôt pour dire si la révolte collective contre la politique de LREM va régénérer les liens entre les Français et fonder un nouveau vivre-ensemble ou si notre société va continuer à se désagréger sous la violence de l'agression qu'elle subit. En tout cas, nombreux sont ceux qui ont remarqué le réconfort trouvé par les Gilets jaunes à se rencontrer autour de leurs ronds-points, cette joie dans la redécouverte de la solidarité pouvant prendre facilement une allure festive autour de repas partagés. C'est cette solidarité, sur fond de colère, qui a été le moteur des manifestations régionales et nationales qui ont suivi l'occupation des ronds-points. Et c'est cette même solidarité, empreinte de la fierté d'oser dire "non" à une politique jugée inique, que la violence de la répression militaro-policière a essayé de détruire en semant la terreur par de nombreuses mutilations et blessures infligées aux manifestants. C'est la même technique que celle qui sous-tend les attentats terroristes : détruire le lien social en semant la terreur.

Ah, si les Français étaient solidaires ! Surtout les pauvres ou quasi-pauvres. Ils retrouveraient peut-être le sourire. Mais quel danger ils représenteraient alors pour le pouvoir politique qui fait tant d'efforts pour les diviser ! "Diviser pour mieux régner" est certes un stratagème classique pour celui qui convoite le pouvoir, mais sûrement pas une bonne tactique pour gouverner un pays. Les Gilets jaunes ont pallié le poids trop lourd à porter de la solitude (12) dans les sociétés modernes en s'inventant de toutes pièces une communauté venant s'ajouter à celles existant déjà : religieuses, ethniques, raciales, régionales, etc. Il y avait le voile islamique, la kippa, etc. Maintenant il y a le gilet jaune.

Selon une enquête d'Ipsos (13) : "Près de trois Français sur quatre (72 %) se déclarent aujourd'hui en désaccord avec l'affirmation 'Dans la vie, on peut faire confiance à la plupart des gens'." Un chiffre qui témoigne d'un contexte de défiance très forte, qui n'est pas sans conséquence : plus de 9 personnes sur 10 (91 %) affirment ainsi que la période actuelle favorise la solitude. Il y a indéniablement dans ce pays une pathologie du lien social, avec un égoïsme que chacun peut expérimenter dans le monde du travail où règne la loi du "chacun pour soi", conséquence de la compétition que fait régner l'entreprise néolibérale entre travailleurs. Des relations sociales basées sur la compétition sont dans la logique de l'idéologie de la libre concurrence et d'une société darwinienne où chacun lutte pour sa survie.

L'acharnement tout particulier des forces anti-manifestations de Macron contre les Gilets jaunes s'explique par le fait que ce gilet est devenu le symbole de ceux qui ne veulent plus vivre à genoux. Porter un Gilet jaune ou simplement le mettre en évidence dans sa voiture, c'est se mettre en danger de subir des violences militaro-policières. La violence de la répression contre des manifestants désarmés et pacifiques prend là tout son sens : il faut enlever aux "gueux" toute velléité de marcher debout, cette station verticale que l'on dit caractériser l'espèce humaine. Mais sous le coup des matraques et des bottes, les manifestants ont pris conscience qu'ils vivaient à genoux, ceci du simple fait que quand ils essayaient de se relever, la violence les ramenait à leur position de pénitents soumis. En même temps que la dignité retrouvée en osant dire "non" à une injustice de trop, les gilets jaunes ont trouvé le fardeau de leur vie moins lourd à porter.

On sait que les animaux vivant en cage ne sont pas heureux. Il en va de même pour les humains. Le fait de ne pas avoir conscience de son enfermement ne semble pas protéger de ses effets délétères. Sans liberté, il est impossible de s'épanouir et donc d'être heureux. Toute liberté devrait d'abord être celle de pouvoir se réaliser pleinement. En ce sens, la pauvreté est une prison, même pour quelqu'un qui n'a pas la frénésie de la consommation. Il est difficile pour un pauvre d'étudier, de se cultiver, de voyager, etc. Tout cela coûte de l'argent. Alors quand on n'a déjà pas les moyens de se nourrir correctement et de se chauffer en hiver… Avec souvent le mépris des nantis en sus, ou pire, leur compassion. La société libérale, en évitant de présenter la pauvreté comme étant les conséquences d'un choix politique, culpabilise le travailleur pauvre et en profite pour le surexploiter. De même, il ne fait pas bon d'y être considéré comme étant une bouche inutile : chômeurs, handicapés, malades et retraités, etc., dont le seul tort est d'exister et dont nos libéraux rêvent de se débarrasser de la charge qu'ils représentent. Des travailleurs jetables en quelque sorte.

L'instrumentalisation du travailleur présuppose sa déshumanisation, et tout particulièrement la négation de sa subjectivité. Cette déshumanisation est actuellement entérinée au plus haut niveau de l'État par un Président de la République qui parle de "gens qui ne sont rien" ou qui énonce publiquement que "le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler" (14). De là, c'est-à-dire du mépris de l'autre, il devient facile de concevoir l'appauvrissement d'une population dans sa quasi-totalité au seul bénéfice de l'enrichissement d'une petite minorité.

Les gouvernants actuels n'ont rien inventé, ils sont simplement allés un peu plus loin, peut-être un peu trop loin, dans leur mépris pour les Français et leur dépossession au profit des vampires suceurs d'argent du capitalisme. Avec François Hollande, dont on dit qu'il se moquait, mais en privé, des pauvres en les appelant des "sans-dents", les socialistes ont définitivement trahi l'idéal qu'ils osaient encore afficher. Restait un dernier pas à franchir pour convertir la France au capitalisme ultralibéral et satisfaire ainsi, non seulement les appétits du MEDEF, mais aussi les exigences de la Commission européenne et des institutions financières internationales.

Macron aurait dû écouter ce conseil donné par Machiavel au Prince : "satisfaire le peuple et le tenir content sans trop chagriner les grands" (15). Pourtant le personnage était bien connu, ou du moins aurait-il dû l'être, quand il s'est présenté comme candidat à l'élection présidentielle : d'abord comme ancien secrétaire général adjoint de l'Élysée (16), puis comme ancien ministre de l'Économie avec l’affaire Alstom-General Electric (17), sans oublier les interrogations que soulevait sa déclaration de revenus et de patrimoine (18). À ceci s'ajoute le soupçon d'avoir voulu échapper à l'ISF en sous-évaluant son patrimoine : en mai 2016, selon les informations rapportées par Mediapart et Le Canard enchaîné et reprises par RTL (19), Emmanuel Macron devait s'acquitter d'un peu plus de 10 000 euros afin de régulariser sa situation fiscale, après la réévaluation de 200 000 euros de la résidence de son épouse au Touquet par les services de Bercy.

L'année 2019 a aussi été l'occasion pour beaucoup de Français d'être confrontés directement, et très concrètement, au mensonge politique et à la manipulation de l'information par un grand nombre de médias, et ce sur un point crucial : la négation par le gouvernement de la réalité d'une violence policière qui a fait des centaines de blessés et des dizaines de mutilés. La représentation du politique menteur et corrompu ne date évidemment pas d'aujourd'hui (20), mais là elle prend corps par les témoignages concordants de manifestants qui sont les témoins directs d'une réalité que l'on peut aussi suivre sur d'innombrables enregistrements audiovisuels faits par les Gilets jaunes avec leurs smartphones. On est loin du mensonge électoral habituel, semblable à celui du bonimenteur qui essaie de vendre sa marchandise et dont le principe est simple : tout promettre aux électeurs pour être élu, puis oublier ses engagements, ce que la Constitution autorise puisque les représentants élus ne sont pas les représentants de leurs électeurs, mais de la nation, tour de passe-passe permis par une distinction subtile entre souveraineté nationale et souveraineté populaire. C'est là que l'on se rend compte que le concept de nation n'a été inventé que pour déposséder le peuple des pouvoirs qui lui reviennent de droit pour les confier à des individus qui ne représentent en fin de compte qu'une entité abstraite, une réalité purement formelle : la nation, concept commode pour le camouflage de leurs propres intérêts et ceux de leurs commanditaires.

Le peuple aimerait que la parole des politiques soit une parole de vérité, ou du moins fiable, ainsi ils pourraient leur faire confiance et compter sur eux. Or il n'en est rien, ils ne sont ni Socrate ni Mère Teresa, et la France n'est pas une famille dirigée par un "gentil pap". Pourquoi n'acceptons-nous pas la parole du politique pour ce qu'elle est : une non-parole, un discours purement stratégique n'ayant d'autre fonction que de conduire le troupeau là où son pasteur ou son boucher veulent le mener ? Pourquoi ne pas se contenter d'une parole dont on se dirait qu'elle ment par nécessité ou devoir, comme le médecin qui cache à son patient qu'il est atteint d'une maladie incurable ? Cela tient sans doute au fait que quand un Président ment aux Français, ce n'est jamais dans leur intérêt, mais pour leur imposer des choix politiques qui leur sont défavorables et auxquels ils seraient donc forcément hostiles. Beaucoup de Français se sont ainsi construit l'image de chefs d'État successifs ne gouvernant pas au profit du plus grand nombre mais à celui exclusif d'une classe sociale particulière, celle des ultra-riches, en invoquant un phénomène bien mystérieux : le ruissellement. Servir cette théorie aux Français, même reformulée en "premiers de cordée", c'est les prendre ouvertement pour des imbéciles. Peut-être que les élus considèrent effectivement que les Français sont des idiots puisqu'ils sont tombés dans leur piège en votant pour eux. Cela expliquerait leur mépris pour leurs électeurs.

Cela fait depuis bien longtemps que l'argent coule à flots vers ceux qui en ont le plus sans qu'il en résulte des investissements dans les entreprises et une diminution du chômage. Seul l'argent donné aux pauvres est susceptible de relancer l'économie en stimulant la consommation. Arnaud Parienty note à propos de ceux qui défendent l'idée d'un effet bénéfique sur l'économie française de la suppression de l'ISF : "Les adeptes de la théorie du ruissellement, confrontés à l’invalidation de leur paradigme, présentent leurs idées comme ne relevant pas du ruissellement, contre toute évidence. Ce qui leur permet de préserver leurs croyances tout en reconnaissant que la notion de ruissellement n’est pas valide (21). Personnellement je ne pense pas que ceux qui nous gouvernent soient schizophrènes ou débiles, ils sont plus banalement pervers. On ne peut que faire l'hypothèse qu'ils savent parfaitement que les arguments avec lesquels ils défendent leurs choix sont faux, mais ils parient sur l'inculture et la crédulité de leur auditoire. Quand on sait que John Locke, un des pères fondateurs de la pensée libérale et dont la "Lettre sur la tolérance" a inspiré la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, avait par ailleurs des actions dans une compagnie maritime jouissant du monopole de la traite des esclaves noirs, on pourrait se dire qu'il y a toujours eu quelque chose de pervers dans le libéralisme, pervers au sens freudien d'un clivage du moi, c'est-à-dire de la coexistence dans la psyché de deux représentations inconciliables. Comment expliquer autrement que des personnages illustres que l'histoire a retenus comme étant les "Pères fondateurs des États-Unis d'Amérique" aient pu brandir d'une main le drapeau de la liberté et de l'autre défendre l'esclavage, voire être propriétaires d'esclaves, ou encore organiser les innombrables massacres d'Indiens dans le seul but de s'approprier leurs terres ?

Mais cette interprétation en cache une autre, sans que les deux s'excluent. Les libéraux étaient moins motivés par l'amour de la liberté que par l'appât du gain. La liberté qu'ils revendiquaient était d'abord celle de s'enrichir sans limite, en tout cas de ne pas être entravés dans leur quête par la Couronne britannique qui, par la Proclamation royale de 1763, avait clairement manifesté son opposition au désir d'expansion des colons vers l'ouest (22). Quant à l'esclavage, le fait que cette pratique ait pu être une tradition universelle et millénaire ne change rien à la dimension perverse de l'instrumentalisation d'un humain réduit au statut de marchandise. Les libéraux se déculpabilisaient en ayant recours à des théories raciales dont nos hommes faussement "vertueux" étaient des adeptes convaincus.

En 2011, Pech écrivait dans "Alternatives Économiques" : "Comment va la société française ?" Pas bien, répondent de concert la plupart de ses observateurs. Et de fait, elle souffre de maux profonds et persistants. À commencer par le chômage de masse : depuis la fin des Trente Glorieuses, bientôt deux générations se seront succédé dans un contexte de précarisation de l’emploi et d’insécurité sociale renouvelée, sous l’effet de la concurrence internationale, de la flexibilité croissante des relations d’emploi et du recul de l’industrie. Dans le même temps, les inégalités n’ont cessé de s’accentuer, creusant des distances de plus en plus flagrantes entre les différentes catégories de Français et aiguisant un vif sentiment d’injustice dans une large partie de la population : inégalités de patrimoines et de revenus, bien sûr, mais aussi et peut-être surtout inégalités de destin (23)." La situation s'est bien aggravée depuis à cause du refus des zélateurs de l'économie libérale mondialisée de s'interroger sur son échec et d'en rendre responsables les vestiges de l'État social. Paradoxalement, seuls les États-Unis, avec Trump, ce Président tant décrié et qualifié de populiste, osent dénoncer les effets néfastes de la mondialisation. "En rejetant la mondialisation en faveur de la 'doctrine du patriotisme' lors de son discours à l’ONU le 25 septembre (2018), le président des États-Unis a attaqué les institutions telles le FMI et la Banque mondiale qui, depuis des décennies, donnent le la en matière économique. Cependant, l’idée selon laquelle l’État-nation serait mieux à même de remédier aux maux qui sapent nos économies n’est pas sans mérite, estime le chef de la rubrique Économie du Guardian, le quotidien de la gauche britannique", peut-on lire dans le "Courrier International" du 28 septembre 2018 reprenant une publication de "The Guardian" (24). Les dérives du capitalisme montrent que la liberté économique doit être régulée vers plus de justice sociale pour ne pas devenir un instrument de prédation des plus faibles par les plus riches, et pour que les richesses accumulées bénéficient à tous et pas uniquement à une petite minorité qui correspond à 1 % de la population en France.

En dénonçant un appauvrissement des classes moyennes et leur disparition progressive, l'OCDE ne fait que confirmer ce que disent les Gilets jaunes depuis plus d'un an (25). Et les médias qui diabolisent tous ceux qui dénoncent les méfaits des marchés livrés à la libre concurrence convainquent de moins en moins. Beaucoup parlent de "merdia" sur les réseaux sociaux tant il est vrai qu'une information quelque peu objective est quasiment devenue introuvable. Mais il est de plus en plus difficile de convaincre le peuple que ce qu'il vit est faux et que ce qu'on lui dit à la télévision est vrai. Le point de bascule s'est fait autour de la négation des violences policières.

Le message accusateur de l'étudiant stéphanois qui s'est immolé devant des bâtiments du CROUS à Lyon le 8 novembre 2019 en dit long et se passe de tout commentaire, sauf à se demander si quelqu'un se souvient encore de lui, à l'exception de ses proches, en ce premier jour de l'année 2020 (26). Cet acte éminemment politique est venu nous rappeler qu'en France il est de plus en plus difficile, pour un étudiant n'ayant pas des moyens financiers suffisants, de faire des études, et surtout de les réussir. D'autres suicides d'étudiants ont eu pour cause des exigences scolaires excessives n'ayant d'autre raison d'être que d'opérer une sélection hâtive qui joue une vie sur un coup de dés. Ainsi Léo, 18 ans, étudiant en PACES à Grenoble, s'est suicidé à l'âge de 18 ans, le samedi 27 janvier 2018. Le commentaire de Ludovic T. résume bien la situation : "Une société dont les enfants se suicident en première année de médecine est une société qui va mal. Que les décideurs se posent les bonnes questions (27). La politique ultralibérale que connaît la France, comme tous les autres pays de l'UE, veut tout rentabiliser, y compris les études, ce qui en fait une compétition inhumaine aux antipodes de ce qu'elles devraient être, et de ce qu'elles ont pu être pour certains : un lieu d'épanouissement.

Macron a redonné, bien malgré lui, un peu de la dignité perdue aux Français en les poussant dans la révolte. Ils ont fini par oser braver les coups donnés par des militaires et des policiers dont on est de plus en plus étonnés qu'ils ne soient pas vêtus de l'uniforme brun dont l'histoire de l'Europe a gardé la sinistre mémoire. Ayant voté ces dernières années tantôt à droite, tantôt à gauche, sans constater la moindre amélioration de leurs conditions de vie, mais plutôt une dégradation générale, les Français ne croient plus depuis longtemps à des lendemains qui chantent. S'ils n'y croient pas davantage aujourd'hui, ils sont par contre de plus en plus nombreux à être habités par le sentiment de pouvoir influer sur leur avenir en dehors d'un système démocratique qui s'est révélé n'être en fin de compte qu'un jeu de dupes. Ils avaient élu en 2012 un François Hollande qui s'était présenté lors de sa campagne électorale comme étant l'ennemi de la finance (28) pour se retrouver finalement avec le même, se laissant dicter, à l'instar de ses prédécesseurs, sa politique par cette même finance (29), et faisant la guerre aux travailleurs et au droit du travail.

Les Français votent, en tout cas ceux qui ne choisissent pas l'abstention, pour des candidats qui, majoritairement, n'ont pas honte de leur mentir comme des arracheurs de dents. Cela, ils le savent, mais ceux qui continuent à voter se donnent de bonnes raisons en se disant : "J'ai voté pour le moins pire" ou encore "Je vote pour celui qui est le mieux placé dans les sondages", etc. Des candidats honnêtes, il y en a sans doute du côté des petits candidats, ceux qui n'ont aucune chance d'être élus. C'est que les Français rêvent d'être gouvernés par un "grand homme", et ils vont voter pour le premier "minus" que les médias vont présenter comme étant "l'homme du jour", un peu comme le plat du jour dans un restaurant. La déception sera là inévitablement quand le "grand homme" se révélera être un humain comme les autres, et même pire encore, puisqu'en politique, être immoral - généralement on préfère parler          d'amoralité - semble indispensable pour réussir.

On comprend bien la nécessité de mentir pour être élu. Qui pourrait se présenter aux élections présidentielles en avouant que son rôle va essentiellement se limiter à appliquer les directives élaborées par une Commission européenne aux ordres de l'Allemagne et à plumer les Français pour satisfaire l'appétit insatiable des actionnaires du CAC 40 ?

Cela fait tellement longtemps que les Français sont trompés par ceux qui les gouvernent qu'il n'est pas vraiment étonnant qu'ils descendent dans la rue vêtus d'un gilet de la couleur attribuée traditionnellement aux cocus. Mais plaisanterie mise à part, comment se sentir en sécurité quand on est obligé de confier sa vie et celle de sa famille à des individus sans scrupules dont on peut penser qu'ils sont prêts à tout pour arriver à leurs fins ? Si la morale n'a pas sa place en politique, et la loi si peu, comment assurer une gouvernance juste et équitable, dont la finalité serait l'intérêt général et la cohésion sociale ? Ce ne pourrait être que par l'existence de contre-pouvoirs et un contrôle populaire sur les élus pendant leur mandat, un mandat imposant l'obligation pour les gouvernants de servir le peuple, lequel a le droit, et même le devoir, dans une démocratie, de décider de son avenir et de ce qui est "bien" pour lui. Mais évidemment les politiciens n'en veulent pas.

Avec une Union européenne au service des groupes financiers et industriels encadrant la politique des États membres, la vie des Français, en tout cas celle des 99 % d'individus considérés comme étant des êtres de seconde zone, est sacrifiée à des chiffres totalement arbitraires. Il en va ainsi pour les retraités avec la guillotine des 14 % du PIB que le total des pensions ne devrait pas dépasser (30). Comme le montrent toutes les polémiques soulevées par la question du financement du déficit du budget des retraites, les chiffres fixés ne trouvent leur justification dans aucune contrainte impérieuse et dépendent uniquement de choix politiques. Leur seule utilité est de servir à justifier de nouveaux choix en leur donnant une apparence de nécessité. Les chiffres font partie des boniments au même titre que les prétendues valeurs républicaines pour "faire passer la pilule" auprès d'une population qui, même si elle n'en a pas expressément conscience, ressent cependant confusément son instrumentalisation par le malaise qui traverse chacun. Des gouvernants à l'allure de marchands traitent les citoyens comme des "sauvages" de quelque île nouvellement découverte qu'il s'agit de dépouiller de leurs richesses en leur offrant en échange des bijoux de pacotille. De nos jours, la liberté politique des Français se réduit à choisir par la voie des élections, sur une liste fermée, ceux qui vont les mener sur le chemin de la déshumanisation. C'est la version qu'offre le 21? siècle de la "chair à canon".

Dans un document intitulé "Des chiffres pour en débattre", les salariés de l'Institut national de la statistique (31) mettent en garde le gouvernement contre les effets d'appauvrissement qu'aura inévitablement la fameuse règle d'or devant fixer à un maximum de 14 % du PIB l'enveloppe annuelle des pensions compte tenu de l'augmentation inévitable du nombre de retraités dans les années à venir. D'autres choix seraient possibles pour résoudre le problème que posent les pensions, ils ont d'ailleurs été proposés par les syndicats des travailleurs et certains économistes. Mais le syndicat patronal y est hostile, ainsi que la Commission européenne. Le gouvernement a donc décidé de spolier les travailleurs au profit du patronat. On comprend le désarroi des victimes de cette injustice.

Beaucoup de retraités vivent dans un état de semi-misère, souvent malades ou handicapés, n'ayant ni le temps ni l'argent indispensables pour se préoccuper de leur épanouissement personnel ou de celui de leur famille. Le bien-être des Français, pas plus que la justice sociale, ne font partie des préoccupations des dirigeants qui préfèrent faire des cadeaux fiscaux aux entreprises et à leurs actionnaires, tout en permettant l'optimisation fiscale et ne luttant que mollement contre la fraude. À cela s'ajoute le spectacle des gouvernants et des hauts fonctionnaires qui butinent sans retenue l'argent des contribuables. Ceux qui dominent la France et prétendent la gouverner considèrent manifestement le surenrichissement d'une petite minorité de nantis comme prioritaire par rapport à un projet qui pourrait être celui d'assurer une fin de vie décente à des personnes qui ont passé leur existence à travailler avec beaucoup de peine et peu de plaisirs. Avec le transfert au sein du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE), placé sous le contrôle de Matignon, de l’Observatoire national de la pauvreté et de l'Exclusion sociale (ONPES) qui jouissait jusque-là d'une certaine indépendance, il risque de ne plus y avoir grand monde pour dénoncer une politique vouant en toute conscience une part importante de la population à la pauvreté et ceci par un gouvernement qui prétend combattre cette même pauvreté. Ces doubles discours sont, avec les mensonges, la marque de fabrique du discours politique. La France, dont le projet est d'appliquer une politique déjà en usage en Allemagne depuis quelques années, va inévitablement rencontrer les mêmes difficultés que ce pays, difficultés résumées dans l'article de Bruno Odent publié sur le site de l'Humanité du 19 décembre 2019 et intitulé "Allemagne. Des millions de seniors propulsés dans la pauvreté" (32). Ce reportage témoigne de l'angoisse d'une future retraitée qui va voir son pouvoir d'achat mensuel chuter de 2 500 euros à 1 200 euros. D'autres travailleurs ayant un salaire de 1 500 euros devront se contenter de 700 euros de pension. Qui a envie de vivre, ou plutôt de survivre, dans des conditions pareilles ? Et c'est cette Allemagne, la première puissance économique d'Europe, qui impose sa politique à toute l'Union européenne ! Si la réforme des retraites du gouvernement aboutit, l'avenir d'une grande partie de la population va se réduire à faire les poubelles et à avoir froid en hiver. Nombreux sont ceux qui choisiront le suicide.

Tout un chacun se sent mieux quand il peut exprimer la haine et la violence qui l'habitent. C'est ce qui explique sans doute la persévérance des Gilets jaunes dans leurs manifestations ainsi que leur grand nombre de sites sur le web. Insulter ou critiquer le Président et le Gouvernement sur Facebook s'avère thérapeutique. Certains en profitent même pour faire leur psychanalyse sur internet, oubliant que la censure veille, parfois même la justice. Beaucoup de réactions sont émotionnelles et donc spontanées ; souvent grossières, elles peuvent aussi être subtiles.

Les manifestations des Gilets jaunes se déroulent toutes sur le même mode : crier sa colère et sa révolte, tout en se faisant gazer et matraquer. Mais même si cette catharsis collective a un effet bénéfique pour eux, elle ne suffit pas à changer la réalité. L'absence de culture et de conscience politiques des Français s'avère être un réel handicap pour sortir de la simple "grogne" et aboutir à une action plus constructive. Cette dernière pourrait être de voter en citoyens responsables plutôt que de se contenter de voter pour le candidat porté par les médias.

Pourquoi vouloir gouverner un pays si c'est pour imposer à ses habitants une vie dont ils ne veulent pas ? Sans doute l'attrait du pouvoir et de l'argent. La gloire peut-être aussi ? Des discours se font entendre concernant le Pouvoir actuel disant qu'il aurait été fabriqué de toutes pièces par les puissances d'argent pour appliquer leur politique et qu'il se verra grassement payé en retour à la fin de son mandat. D'autres avancent qu'il ne fait qu'appliquer les directives de la Commission européenne. Tout cela reste bien mystérieux car qu'est-ce qui empêche un chef de l’État de s'affranchir des uns et des autres pour se consacrer au gouvernement de la France et des Français ? Rien, si ce n'est son projet personnel qui le met au service de ceux qui ont de l'argent et non des travailleurs ou des pauvres. Mercenaires aux ordres de la finance, les gouvernants ont fait le choix d'instrumentaliser les peuples dont ils ont la responsabilité, ceci au profit d'une petite minorité de possédants qui ne semblent se soucier que de leur intérêt personnel. C'est là que le modèle naturaliste du libéralisme montre son impact en se référant à un prétendu droit naturel du prédateur à disposer de ses proies (33). Cependant, imaginer les ministres menant une chasse à courre sous la conduite du grand veneur de France et prenant les Français comme gibier, n'est qu'une métaphore. Mais on comprend que le gibier ne se sente pas son assiette.

Le projet du libéralisme a toujours été de faire coexister une minorité ultra-riche avec une multitude de pauvres corvéables et jetables à merci, sans classe moyenne qui s'oppose à elle, mais une force de police et une armée suffisamment fortes pour mettre aux ordres des travailleurs réduits à survivre.

"Le capital de bonheur humain, écrivait Townsend en son temps, est fortement augmenté par la présence de pauvres obligés d'accepter les travaux les plus lourds et les plus pénibles. Les pauvres méritent pleinement leur sort… ce serait un désastre pour la société si d'aventure ils devaient s'amender…" De son côté, Mandeville proclamait que pour que la société soit heureuse, il fallait que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre (34). Dans une telle société, entièrement vouée à l'enrichissement de quelques-uns, il ne peut pas y avoir de place pour les bouches inutiles. Ainsi darwinisme, eugénisme et malthusianisme en sont les conclusions logiques.

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1) https://journal.lutte-ouvriere.org/2007/06/13/il-y-a-25-ans-le-gouvernement-ps-pcf-decidait-le-blocage-des-salaires_15616.html

2) http://www.regards.fr/web/article/mitterrand-et-le-tournant-liberal-y-avait-il-une-alternative

3) https://www.lefigaro.fr/vox/monde/pourquoi-trump-remporte-des-victoires-envers-et-contre-tous-20190507?fbclid=IwAR0r4OCHnaH9Y6yXbUbA9Y6CN8E3T-jGbRcyO6SlvAKY3HMRPfUGOgeHaKg

https://fr.quora.com/Quel-est-le-secret-du-succ%C3%A8s-%C3%A9conomique-de-la-Chine?fbclid=IwAR2PhYoauLEZNQJ7GdZIcn-oDAZPzHuLEmnwHAbUEENRUYXwVxXzUpOyJvw

4) https://www.infosuicide.org/guide/le-phenomene-suicidaire/quelques-chiffres/

5) http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/2072/?sequence=9

6) https://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-francais-sont-majoritairement-heureux-mais-pessimistes_2063016.html

Dans cet article, on peut lire : "Si 77 % des Français se disent 'heureux', ils sont aussi 48 % à vivre des fins de mois difficiles et 70 % à être pessimistes." ou encore : "Mais si les Français sont heureux en privé, ils sont en revanche près de 50 % à déclarer connaître des fins de mois difficiles, et seuls 19 % disent avoir une capacité d'épargne." On aimerait bien connaître les questions posées dans ce sondage fait par internet en 2019.

Donc tous ces Français qui crient leur révolte et leur haine dans les rues et sur les réseaux sociaux ne sont qu'une illusion ? La baisse du pouvoir d'achat n'est qu'un mauvais rêve ? Mais nous avons plus sérieux : https://www.franceculture.fr/emissions/la-bulle-economique/pouvoir-dachat-ce-que-disent-les-chiffres-et-ce-quils-ne-disent-pas ? xtor=SEC-500-GOO-[search-dyn]& gclid=CjwKCAiA9JbwBRAAEiwAnWa4Q3kRJQMxvDUsZZykQJtC5JIzLoLIVPQMUKKbML320UnJHe81c2m3VhoCkSoQAvD_BwE

D'après les calculs de l'Institut des politiques publiques, en deux budgets de présidence Macron : les perdants sont les 20 % les plus pauvres et les 20 % les plus riches, les gagnants sont entre ces deux extrêmes, les supergagnants sont les 1 % les plus riches, qui gagnent davantage que tous les autres. 

 

 

 7) Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron Les Héritiers. Les étudiants et la culture, 1964 éd. de Minuit.

8) https://www.nouvelobs.com/societe/social/20090709.OBS3685/phenomene-de-declassement-l-ascenseur-social-francais-en-panne.html

9) https://sites.google.com/site/psychologiepathologique/une-politique-economique-thanatophorique-dans-une-europe-deshumanisee

10) À titre d'illustration : https://www.ladepeche.fr/article/2018/09/17/2870297-maladresse-ou-arrogance-les-dix-phrases-choc-d-emmanuel-macron.html

11) https://www.mmmieux.fr/etude-sociovision-2018-les-francais-en-quete-de-bien-etre-individuel

12) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/01/23/01016-20190123ARTFIG00112-journee-de-la-solitude-un-fleau-mal-connu.php

13) https://www.ipsos.com/fr-fr/solitude-93-des-francais-pensent-quon-peut-facilement-se-sentir-seul-en-ville

14) https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/de-foutre-le-bordel-ceux-qui-ne-sont-rien-6-phrases-polemiques-d-emmanuel-macron-5293359

15) Machiavel, chapitre 19 du PRINCE intitulé "Qu'il faut éviter d'être méprisé et haï", et où il est écrit qu'un prince qui est aimé de son peuple a peu à craindre les conjurations ; mais s’il en est haï, tout, choses et hommes, est pour lui à redouter. Aussi les gouvernements bien réglés et les princes sages prennent-ils toujours très grand soin de satisfaire le peuple et de le tenir content sans trop chagriner les grands : c’est un des objets de la plus haute importance."

16) https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-macron-raconte-par-son-ancien-patron-12-10-2019-2340873_20.php

17) https://www.marianne.net/societe/l-enquete-sur-l-affaire-alstom-general-electric-passe-au-parquet-national-financier

18) https://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/explicateur/2017/03/14/29004-20170314ARTFIG00214-macron-pourquoi-sa-declaration-de-revenus-et-de-patrimoine-suscite-la-polemique.php

19) "Emmanuel Macron et son épouse auraient tenté de duper le fisc pour échapper à l'ISF selon les informations publiées par le Canard enchaîné et Mediapart mardi 31 mai." https://www.rtl.fr/actu/politique/emmanuel-macron-va-devoir-payer-l-isf-7783458886

20) https://www.lepoint.fr/politique/tous-pourris-non-tous-menteurs-oui-05-04-2013-1650480_20.php

http://www.leparisien.fr/politique/sondage-70-des-francais-pensent-que-les-hommes-politiques-sont-corrompus-28-06-2013-2936649.php

21) Arnaud Parienty, "Le mythe de la théorie du ruissellement", La Découverte, 2018.

22) http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/usa_6-3histoire.htm

23) https://www.alternatives-economiques.fr/thierry-pech/va-societe-francaise/00059693

24) https://www.courrierinternational.com/article/economie-trump-na-pas-tout-fait-tort-sur-la-mondialisation

https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/sep/26/donald-trump-globalisation-nation-state

25) "… les classes moyennes sont laminées. La moitié des salariés interrogés dans les 36 pays dits "riches" de l'OCDE disent avoir des difficultés à joindre les deux bouts. https://www.europe1.fr/emissions/axel-de-tarle-vous-parle-economie/locde-sinquiete-de-la-disparition-des-classes-moyennes-3890486

En moyenne, dans les 24 pays européens de l’OCDE pour lesquels on dispose de données, un ménage à revenu intermédiaire sur deux déclare aujourd’hui avoir des difficultés à joindre les deux bouts… En outre, près de 40 % des ménages à revenu intermédiaire sont financièrement vulnérables, c’est-à-dire qu’ils ont des arriérés de paiements ou ne seraient pas en mesure d’absorber des dépenses imprévues ou une chute soudaine de revenu.

https://www.oecd.org/fr/els/soc/OCDE-classe-moyenne-2019-resume-chapitre1-vuedensemble.pdf

https://www.oecd-ilibrary.org/sites/689afed1-en/index.html?itemId=/content/publication/689afed1-en&mimeType=text/html

26) https://blogs.mediapart.fr/lenous/blog/101119/message-de-letudiant-immole-devant-le-crous-lyon-2

27) https://www.lequotidiendumedecin.fr/internes/etudes-medicales/suicide-de-leo-18-ans-etudiant-en-paces-grenoble

28) https://www.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-integralite-du-discours-de-francois-hollande-au-bourget.html

Dans son discours prononcé le 22 janvier 2012 au Bourget, le candidat François Hollande déclarait : "Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

29) http://www.slate.fr/story/121175/adversaire-finance-londres

https://www.gouvernement.fr/attractivite-c-est-plus-que-jamais-le-moment-de-venir-en-france-5357

30) "La réforme des retraites a, elle aussi, pour objectif premier de construire un outil automatique destiné à figer les pensions versées par les systèmes obligatoires à leur niveau actuel de 14 % du PIB (soit une augmentation de deux points en une décennie), et ce, quels que soient le futur contexte macroéconomique, la démographie ou les mutations des conditions de travail. Il suffira ainsi d'adapter au fil de l'eau la valeur du point, explique dans Le Monde Philippe Askenazy, chercheur au CNRS.

https://www.marianne.net/economie/les-retraites-ne-doivent-pas-depasser-14-du-pib-ce-chiffre-qu-nous-rabache-abusivement?_ope=eyJndWlkIjoiOWRkY2U0MjAyNWJhYWZkODU3OWVmNTUwODU0YjZiZmMifQ%3D%3D

https://solidaires.org/La-part-des-retraites-dans-le-PIB

31) https://fr.calameo.com/books/002473731006f451c557f?fbclid=IwAR1ix7P6VPySP3Cw2588A7Pg5O4Z867g_ceTomHGsh2NmWvTW76R0rjc98c https://fr.calameo.com/books/002473731006f451c557f?fbclid=IwAR1ix7P6VPySP3Cw2588A7Pg5O4Z867g_ceTomHGsh2NmWvTW76R0rjc98c

32) https://www.humanite.fr/allemagne-des-millions-de-seniors-propulses-dans-la-pauvrete-682112

Voir aussi : https://www.tdg.ch/economie/allemagne-prepare-larrivee-dune-pauvrete-masse/story/15752170

33) Grégoire Chamayou, Les Chasses à l'homme. La Fabrique Éditions.

34) Domenico Losurdo, "Contre-histoire du libéralisme", pages 105 et 106. La découverte. Paris 2013.

 

 

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